Histoire du cannabis : Les expérimentations autours du haschish

Histoire du cannabis : Les expérimentations autours du haschish

Cette semaine sur Twitter, un post a attiré notre attention chez Sixty8... En effet, ce n'est pas souvent qu'une doctorante en histoire de la médecine s'intéresse de près au sujet des stupéfiants et synthétise ses découvertes de façon à ce que tout le monde puisse les aborder !

C'est pourtant ce que Zoë Dubus (@ZoeDubus sur Twitter) a décidé de nous offrir sur son compte twitter, et elle réussi son défi avec brio ! @ZoeDubus a partagé avec sa communauté, l'épisode 6 de sa série "Médecins et auto-expérimentations" qui aborde les expériences du pharmacien Mr Jules Giraud en 1881 avec le hashisch.

Dans cet article, je vous propose de revenir sur ce thread ensemble, pour en apprendre plus sur l'histoire du hashisch qui s'est déroulé en France !

"L'art de faire varier les effets du haschish"

Les informations et les citations du Dr Jules Giraud dont nous allons parler aujourd'hui, proviennent toutes d'un article scientifique publié en 1881 dans Encéphale, une revue scientifique de psychiatrie très sérieuse : "L'art de faire varier les effets du hashisch".

Son article, qui s'étale sur 8 pages, nous plonge dans les expérimentations du pharmacien des années 1880 sous la surveillance de son ami médecin le Dr Decaye...

Il est important de noter que ces expérimentations ont été menées à l'époque avec du hashisch au Cannabis THC et non au Cannabis CBD. Nous ne vous incitons pas du tout à consommer cette substance aujourd'hui interdite en France, mais nous vous proposons simplement de découvrir une expérimentation scientifique historique sur le Cannabis.

Plongeons nous donc dans la France des années 1880 où nous en apprendrons plus sur le cannabis, sa législation et ses effets.

>>Voir la gamme hash de Sixty8 sur le shop<<

Le Cannabis en France au XIXe Siècle

Au XIX siècle, il était assez courant de cultiver chez soi un ou plusieurs plant de cannabis. La plante est alors utilisée aussi bien pour ses propriétés thérapeutiques et médicinales, que pour ses effets psychoactifs récréatifs...

C'est à la fin des années 1880, que le sujet des substances psychotropes commence à poser des problèmes de santé publique, principalement avec les bars à opium de Paris. La capitale Française était alors surnommée la "capitale mondiale de l'Opium", qu'elle importe directement de la région du triangle d'or en Asie du Sud-est (à l'époque, l'Indochine est une colonie Française : Vietnam, Laos et Cambodge).

Ainsi, en 1848, c'est un autre pharmacien célèbre François Dorvault (fondateur et directeur de la Pharmacie centrale de France) qui lui aussi mène ses auto-expérimentations sur le hashisch. D'après lui :

"Lorsqu'on prend du Hashisch par plaisir, il faut être a jeun."

A l'époque, le Cannabis est peu utilisé en médecine, mais il est régulièrement conseillé pour ses effets antalgiques (les effets psychotropes n'étant pas considérés comme problématiques).

<

Il est d'ailleurs assez courant de trouver dans des brocantes ou chez des antiquaires, des anciens bocaux de pharmacie estampillés "Chanvre", "Cannabis", "Opium", "Morphine", et même "Cocaïne" !

"Cette substance agit rapidement et sûrement. Si elle provoque quelques vertiges, il suffit de modérer ou de diminuer son emploi" Explique un médecin en 1887.

Cela fait beaucoup de médecins qui prennent des substances peu recommandables, me direz-vous... Mais à l'époque lorsqu'il est question de produits psychotropes, l'auto-expérimentation est largement favorisée. En effet, le médecin Moreau de Tours détermine que l'expérience des psychotropes est ineffable. Cela signifie que l'expérience est intraduisible par le langage, pour pouvoir la comprendre, il faut donc la vivre !

En 1847, on retrouve d'ailleurs dans un article, les moqueries d'un médecin qui reproche à son collègue ayant publié un article sur le hashisch, de ne pas en avoir fait l'expérience par lui-même :

L'article en question traite des "Accidents occasionnés par le hachisch" chez deux étudiants en droit : "Nous avons lu avec la plus grande attention cette note, et il en est résulté pour nous la conviction que notre savant confrère, qui, on le voit bien, ne connaît pas par lui-même les effets de la préparation dont il s’agit [...] s’en est tout simplement laissé imposer par une des formes si variées de l’hallucination du hachisch, qu’il a prise au sérieux."

 Dans l'article, les effets du cannabis sont décrits comme "sans conséquences négatives", il est précisé que les effets se dissipent rapidement et l'auteur insiste sur le fait que les effets peuvent varier en fonction des conditions qui entourent le sujet. Il conclut ainsi :

"Nous ne saurions trop recommander à ceux qui veulent l’essayer, de faire leur expérience quand ils sont sous l’influence d’idées gaies, et de s’entourer de personnes prudentes, qui se gardent bien, par leur manière d’être, d’inspirer la moindre tristesse à ceux près desquels elles se trouvent."

On se rend compte que les médecins de l'époque avaient donc déjà conscience de l'effet psychotrope anxiogène du THC présent dans le hashisch.

Je vous rappelle encore une fois que Sixty8 ne vous conseille pas de "faire votre expérience" avec des produits qui contiennent plus de 0.2% de THC, comme l'impose la loi en France. De plus, si vous avez des problèmes d'anxiété et d'addiction à cause de votre consommation de THC, nous vous rappelons que des études récentes montrent que le CBD a des propriétés relaxantes pour lutter contre l'anxiété et des propriétés permettant de lutter contre les addictions. Mais revenons à nos histoires d'expérimentations dans les années 1880...

A l'époque, un groupe de médecins, d'artistes et d'intellectuels se rassemble sous le nom de "Club des Haschischins" pour faire l'expérience de l'opium, du cannabis et d'autres substances psychotropes à la mode à cette époque... On retrouve dans ce club des noms encore très connus aujourd'hui comme Charles Baudelaire ou Théophile Gautier.

Les conclusions de Jules Giraud

Revenons en a Jules Giraud et sa publication "L'art de faire varier les effets du Hashisch" en 1881. Dans cet article, Mr Giraud décrit les techniques qu'il a expérimentées pour obtenir un effet hypnotique (qualifié de médical) ou un effet "excitant pour jouir de la stupeur voluptueuse induite par la substance".

Pour profiter du deuxième effet, Giraud conseille de lutter contre le sommeil avec de la musique et de bonnes doses de café ! On verrait ainsi apparaître de "magnifiques panoramas [qui se] déroulent sur l'écran de votre cerveau" mais on peut aussi arriver "dans la région des ombres où les attendent d'étonnantes aventures."...

A cette époque, le Cannabis n'est pas fumé, mais plutôt préparé avec du miel et des pistaches pour être mangé. On appelle cela du Dawamesck et cette méthode de consommation permet d'obtenir des effets bien plus puissants se rapprochant d'effets psychédéliques.

Giraud précise qu'il faut "braquer [son] attention sur les sujets préférés" pour voir apparaître "une explosion d'idées et d'images" positives !

Cependant, le pharmacien note aussi des effets qui gênent sa concentration. Alors qu'il voulait trouver un titre à une de ses publications, il a consommé du Cannabis pour booster sa créativité et "après avoir eu la satisfaction d'en avoir imaginé une vingtaine [...] je ne pouvais plus m'empêcher de penser à ce problème que je savais pourtant résolu." Après avoir lutté longtemps pour essayer de retrouver le fil de ses pensées, il ne réussira à calmer son esprit seulement que dans le sommeil.

Le pharmacien donne d'ailleurs aussi des conseils pour « dissiper une ivresse qui prendrait un caractère désagréable », précisant tout de même qu'il s'agit de techniques qui fonctionnent sur lui et que cela ne fonctionneras pas forcément sur tout le monde.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les recommandations des médecins et scientifiques de l'époque ne semblaient pas aussi pudiques et réservées que l'avis de nos médecins contemporains : Pour réduire les effets de la consommation de hashisch, Mr Giraud préconise donc « d’éteindre dans le sommeil » les hallucinations grâce à de l'eau de vie ! Comme alternative, il propose d'augmenter les doses de café pour renforcer « le sentiment de notre personnalité [qui] nous permet de réagir contre le courant des conceptions délirantes »

L'association des effets du Cannabis et du café sont d'ailleurs plébiscités par Mr Giraud dans son article comme étant un "stimulant intellectuel". Il raconte une anecdote sur l'un de ses amis qui aurait « tenté une conférence sous cette double influence » et s'en serait très bien sorti.

>>Consultez toutes nos fleurs CBD sur le shop !<<

Le Cannabis en France : Suite et fin

Encore au début du XXe Siècle, il n'est pas rare de trouver dans la presse des publicités pour des produits à base de tabac ou de Cannabis, souvent publiées par des groupes pharmaceutiques.

Les produits sont vendus pour leur effet thérapeutique, mais aussi pour "fumer du bonheur, de l'esprit et du rire" ! Un discours surprenant pour le pays aujourd'hui le plus répressif d'Europe en terme de Cannabis.

C'est en 1916, et alors que le Cannabis ne pose aucun problème sanitaire, que la France l'ajoute a la liste des substances psychotropes interdites à la vente sans une ordonnance. Ainsi, le 12 Juillet 1916, une loi voit le jour pour restreindre l'accès et le commerce du Cannabis en France, cette loi est encore active en France plus de 100 ans plus tard, montrant les réticences du gouvernement à faire évoluer la situation du Cannabis en France...

Si cet article vous a plu, n'hésitez pas à consulter et suivre le compte de Zoë Dubus sur Twitter qui a été la principale source d'informations pour la création de cet article !

Nous vous proposons d'autres articles sur les effets du cannabis et du CBD sur notre blog :